La mortalité est 2 à 3 fois plus élevée chez les patients avec épilepsie en comparaison de la population générale. La mort subite représente une des principales causes de surmortalité, qu’elle survienne dans les suites d’une crise (SUDEP pour mort subite inattendue chez les patients avec epilepsie) ou qu’elle survienne sans crise (mort subite d’origine cardiaque). Son mécanisme reste insuffisamment connu, ni même si l’origine est cardiaque ou respiratoire.
Des données récentes convergent en faveur d’une possible altération de la fonction cardiaque entre les crises, fragilisant le coeur de façon progressive (notion de « coeur épileptique »), pouvant mener à une défaillance cardiorespiratoire après une crise, ou à des troubles du rythme cardiaque subits. Cette altération de la fonction cardiaque pourrait résulter de différents mécanismes : athérosclérose accélérée, altérations du système nerveux autonome (partie de notre système nerveux qui contrôle le fonctionnement de nos organes), microaltérations du muscle cardiaque, plus grande susceptibilité aux troubles du rythme cardiaque, etc.
Ce projet vise à élucider l’origine et les modalités de survenu d’un décès après une crise d’épilepsie. C’es un projet qui combine une approche clinique développée au CHU d’Amiens et un projet de recherche impliquant un double modèle souris original et unique créé à l’Université de Rennes – Inserm suite à une sélection génétique naturelle.
L’objectif de notre projet est d’identifier les facteurs de risque liés à des altérations cardiaques, en combinant une approche clinique et une approche expérimentale reposant sur ce modèle souris innovant de SUDEP.
La crise audiogène chez un rongeur correspond à son exposition à un son intense qui peut provoquer dans les instants qui suivent, une crise convulsive suivie ou pas du décès de l’animal. Mais cette réponse n’est pas observée systématiquement. Nous avons créé à Rennes, par sélection génétique naturelle, deux lignées de souris qui ont la particularité de présenter systématiquement une crise convulsive lorsqu’elles sont exposées à cette stimulation sonore. Mais la différence entre les deux lignées réside dans le fait qu’une des deux lignées meurt systématiquement après sa crise (lignée LAGS+) alors que l‘autre n’en meurt jamais (lignée LAGS-).
L’objectif du projet qui sera réalisé à Rennes vise à comparer les propriétés cardiorespiratoires de ces deux lignées pour essayer de comprendre ce qui fait qu’on peut ou pas mourir de sa crise convulsive. L’objectif secondaire de ce projet vise à tester sur nos modèles souris, les hypothèses qui seront relevées au CHU d’Amiens sur la cohorte d’une centaine de patients épileptiques dont les propriétés cardiaques seront mesurées.
Enfin, un travail récent avec nos souris a permis de révéler l’existence d’une substance qui permet de bloquer le décès après une crise convulsive chez nos souris sélectionnées pour ce trait. Nous essayerons aussi de comprendre comment fonctionne cette substance.

